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VIH au Mali : pourquoi les femmes sont-elles les plus touchées ?

Au Mali, les nouvelles infections au VIH/Sida sont en baisse. Pourtant, les femmes continuent de représenter près des deux tiers des adultes vivant avec le virus. Derrière ce constat se cachent des inégalités sociales, des obstacles à l’accès aux soins et des réalités qui fragilisent encore des milliers de Maliennes.

« Quand le médecin m’a annoncé que j’étais séropositive, je n’ai pas seulement eu peur de la maladie. J’avais surtout peur du regard des autres et de la réaction de mon mari » témoigne AC, cette femme vivant avec le VIH/Sida.

Comme elle, de nombreuses femmes maliennes vivent leur combat contre le VIH dans le silence. Aujourd’hui sous traitement, elle raconte que le plus difficile n’a pas été d’accepter la maladie, mais de faire face aux jugements, à la dépendance économique et à la difficulté de prendre des décisions concernant sa propre santé.

L’histoire d’AC est loin d’être un cas isolé

Au Mali, la lutte contre le VIH/Sida progresse, mais l’épidémie continue de toucher davantage les femmes. Si les chiffres montrent une baisse encourageante des nouvelles infections, ils rappellent aussi une réalité persistante. Car les femmes restent les premières victimes du virus.

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le sida, célébrée en décembre 2025, le Secrétaire exécutif du Haut Conseil National de Lutte contre le Sida (HCNLS), Dr Ichiaka Moumine Koné, a annoncé que 5 800 nouvelles infections avaient été estimées en 2022, contre 4 003 en 2024. Une évolution encourageante qui témoigne des efforts engagés dans la riposte.

Mais derrière cette baisse se cache un autre chiffre qui interpelle. Selon le Dr Koné, « 62 % des adultes vivant avec le VIH au Mali sont des femmes ». Autrement dit, près de deux personnes séropositives sur trois sont des femmes.

Pourquoi un tel déséquilibre ?

La réponse ne se trouve pas uniquement dans les facteurs biologiques. Elle est aussi le reflet des inégalités entre les femmes et les hommes, encore profondément enracinées dans notre société. Dans de nombreux foyers, les femmes disposent de peu de pouvoir pour prendre des décisions concernant leur santé, négocier l’utilisation du préservatif ou accéder librement aux services de santé.

Pour Dr Oumar Karambé, médecin coordonnateur de la clinique « Soutoura », cette réalité explique en grande partie cette vulnérabilité. « La soumission face à la domination masculine et la dépendance financière sont les causes majeures, empêchant les femmes d’imposer l’usage du préservatif », explique-t-il.

Les contraintes ne s’arrêtent pas là. Auand à Mme Mariam Touré, présidente du Réseau malien des personnes vivant avec le VIH (PVVIH), plusieurs pratiques socioculturelles continuent d’exposer davantage les femmes.

« La polygamie, le lévirat et le sororat contribuent aussi à accroître les risques. Et dans bien des ménages, les femmes ne peuvent toujours pas consulter un professionnel de santé ou recevoir des soins sans l’autorisation de leur conjoint », souligne-t-elle.

Quand les soins deviennent eux-mêmes un facteur de risque

Au-delà des réalités sociales, certains risques apparaissent également au cours du parcours de soins, notamment pendant la grossesse et l’accouchement. Le médecin coordonnateur de la clinique « Les Halles de Bamako » d’Arcad Santé Plus, Dr Sidibé, attire l’attention sur certaines pratiques qui persistent encore dans des contextes traditionnels. « Il existe des risques réels de contamination dans certains contextes traditionnels d’accouchement » s’inquiète-t-il.

Selon lui, le danger survient lorsque les règles d’hygiène ne sont pas respectées ou lorsque du matériel non stérilisé est utilisé sur plusieurs femmes.

Une femme vivant avec le VIH/Sida peut donner naissance à des enfants sains

Malgré ces défis, les progrès de la médecine offrent aujourd’hui de véritables raisons d’espérer. « Les femmes enceintes vivant avec le VIH disposent aujourd’hui de solutions fiables pour donner naissance à des enfants sains, qui ne porteront pas le virus », rassure le Dr Sidibé.

Une lutte qui dépasse le domaine de la santé

L’objectif fixé par l’ONUSIDA d’éliminer le sida comme menace de santé publique d’ici 2030 reste un défi pour le Mali. Toutefois, plusieurs organisations poursuivent leurs efforts sur le terrain. C’est notamment le cas de l’AMSOPT, qui travaille aux côtés d’Arcad Santé Plus pour renforcer la prévention, améliorer le dépistage et accompagner les personnes vivant avec le VIH.

Mais les spécialistes sont unanimes que la riposte ne pourra pas être uniquement médicale. Réduire les nouvelles infections passe aussi par une meilleure autonomisation des femmes, un accès équitable aux soins, la lutte contre les violences basées sur le genre et la remise en question de certaines normes sociales qui limitent encore leur pouvoir de décision.

Protéger les femmes contre le VIH, c’est aussi leur garantir leurs droits. Car tant que les inégalités continueront de fragiliser leur quotidien, le virus trouvera toujours un terrain favorable pour circuler. Faire reculer durablement le VIH au Mali exige donc d’avancer sur deux fronts : celui de la santé publique et celui de la justice sociale.

NB : Cet article avec été publié avec le soutien du programme JIGIYA de l’alliance CAEB & CORDAI.

Aminata Djibo – TSCom

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